Toute la nuit durant, des enfants excités comme à la veille de Noël imitaient le bêlement des moutons sous mon balcon. Impossible de ne pas les entendre. Dans un demi-sommeil, je rêve de mon double vitrage genevois contre lequel même le crissement des chemins de fer ne peut rien. Mais lorsque ma rêverie ferroviaire me plonge enfin dans les bras de Morphée, les assourdissants hauts parleurs de la mosquée voisine annihilent brutalement tout espoir de retrouver le sommeil. A l’appel à la prière de l’aube, une centaine d’hommes mal réveillés s’installent dans la pénombre sur les tapis déroulés dans la rue. La psalmodie chuchotée par ce chœur de bouches encore pâteuses annonce le premier jour l’Aïd al Kabîr.
Un petit déjeuner rapidement englouti et nous voilà en route pour les quartiers populaires de Darb al Ahmar et Saida Zeinab. Le calme régnant dans les ruelles habituellement si animées et où l’on ne se fraye un passage dans la foule qu’une épaule après l'autre nous frappe d’emblée. Les venelles sont désertes, ou presque, car entre deux échoppes ou au fond de certaines impasses, les moutons, chèvres, vaches et dromadaires qui depuis plusieurs jours peuplaient les trottoirs du Caire sont à présent sacrifiés pêle-mêle sur des billots de bois installés dans de belles tentures de ramadan. Sous nos pieds, le sang ruissèle de ces boucheries à ciel ouvert et converge vers de profondes mares d’un rouge noirci par la saleté du sol.
Loin de susciter le dégoût et au grand dam de Brigitte Bardot, la vue de tous ces gigots suspendus titille agréablement mon estomac. Mon colocataire Aymon et moi prenons alors le bus (ou plutôt les bus puisqu’il en faut trois) pour nous rendre chez mon cousin à Rehab city (cf. 5 décembre), où ma famille a choisi de se réunir pour célébrer l’Aïd. L’effervescence est à son comble lorsque la trentaine de ventres impatients voit surgir de la cuisine une cohorte de plats cauchemardesques pour tout végétarien qui se respecte. A peine la table du jardin finit d’être entièrement recouverte de kofta, de shawarma, de riz aux amandes et autres gratins de pâtes que s’orchestre une véritable ruée alimentaire qui n’a d’égal que les plus épicuriennes orgies romaines. En une demi-heure, tous les plats ont été nettoyés sans autre forme de procès.
C’est repus jusqu’au cou que nous retournons au centre ville avec l’espoir qu’une bière et un narguilé sur la terrasse de l’hôtel Carlton nous aideraient à digérer toute cette abondance. En contrebas, devant le cinéma Rivoli, l’euphorie a gagné les centaines d’adolescents qui en attendant de visionner le dernier navet comique égyptien allument des feux d’artifice et tirent des pétards. Certains lorgnent avec envie les bouteilles de whisky bon marché exposées dans les vitrines. D’autres provoquent les agents de police qui semblent impuissants face à cette foule incontrôlable. Contemplant nos verres vides, nous nous rendons à l’évidence, rien ne pourra atténuer le ballonnement de nos estomacs. Sauf peut-être une longue nuit de sommeil
Le lendemain matin, je suis content de constater que la paresse habituelle a reconquis les rues du quartier. Les pièces de backgammon claquent à nouveau dans le café enfumé. Le vendeur de foul et le cireur de chaussures ont retrouvé leur place en face des carrousels et des balançoires rouillés installés pour la semaine de vacances qui commence et grâce auxquels les enfants ne pensent plus à bêler.
C’est repus jusqu’au cou que nous retournons au centre ville avec l’espoir qu’une bière et un narguilé sur la terrasse de l’hôtel Carlton nous aideraient à digérer toute cette abondance. En contrebas, devant le cinéma Rivoli, l’euphorie a gagné les centaines d’adolescents qui en attendant de visionner le dernier navet comique égyptien allument des feux d’artifice et tirent des pétards. Certains lorgnent avec envie les bouteilles de whisky bon marché exposées dans les vitrines. D’autres provoquent les agents de police qui semblent impuissants face à cette foule incontrôlable. Contemplant nos verres vides, nous nous rendons à l’évidence, rien ne pourra atténuer le ballonnement de nos estomacs. Sauf peut-être une longue nuit de sommeil
Le lendemain matin, je suis content de constater que la paresse habituelle a reconquis les rues du quartier. Les pièces de backgammon claquent à nouveau dans le café enfumé. Le vendeur de foul et le cireur de chaussures ont retrouvé leur place en face des carrousels et des balançoires rouillés installés pour la semaine de vacances qui commence et grâce auxquels les enfants ne pensent plus à bêler.
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Mes deux autres colocataires, Eugénie et Seamus, ont fait un récit très détaillé de l’Aïd avec de belles photos sur http://www.lecairelecap.blogspot.com/

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